Serviteur de 40 colonies

Pour l’apiculteur bio Fritz Baumgartner, l’abeille est le lien entre Terre et cosmos. Ses 40 colonies d’abeilles se portent bien. Le secret de sa réussite : laisser essaimer.

Comment vont vos abeilles ?

Les colonies sont saines, je n’en ai perdu que quelques-unes au cours des années dernières et ne rencontre que peu de problèmes de maladies, il n’y a que le varroa que je dois surveiller avec attention. En ce moment, deux colonies ne sont pas en parfaite santé, je ne les ai pas assez bien observées ni soignées.

Comment expliquez-vous la bonne santé de vos abeilles ?

Je n’ai plus à présent de devoirs professionnels, j’ai du temps pour les abeilles, je peux observer les différentes colonies et prendre note des modifications dans leur comportement. Mon emploi du temps quotidien est déterminé par les abeilles. Quand je réfléchis le matin à tout ce que je voudrais faire pendant la journée, je pense naturellement aux abeilles ; elles donnent un rythme à ma vie. Et quand le soir je fais la rétrospective de ma journée, mes pensées sont à nouveau auprès des abeilles.

Pouvez-vous décrire, selon vous, l’être profond de l’abeille ?

L’abeille est un être entre Terre et cosmos, elle relie ces deux pôles. Quand une plante fleurit, elle cherche la relation avec le cosmos. L’abeille est étroitement liée au soleil et apporte à la plante l’élément cosmique. Le vol nuptial de l’abeille, ou le développement de la colonie, révèlent par exemple le lien de l’abeille avec le soleil : en hiver la colonie compte 5000 à 7000 abeilles ; comme le soleil, elle s’étend pendant l’été, pour atteindre le nombre de 40 000 abeilles.

Vous multipliez les colonies en vous servant de l’essaimage naturel. Pourquoi ?

Pour moi, la fièvre d’essaimage est un phénomène très particulier. Elle s’annonce par une agitation dans la colonie. Elle commence lorsque la larve de la jeune reine a environ dix jours. La vieille reine et une partie de la colonie sentent qu’elles doivent partir pour faire place à la jeune reine. Lorsque l’essaim quitte la ruche, des milliers d’abeilles s’envolent autour de leur reine à l’air libre. Un essaim d’abeilles est un phénomène naturel extraordinaire. Ce nuage d’abeilles produit un son très particulier. Lorsque l’essaim s’est posé, je vais le chercher et lui donne une nouvelle ruche. L’avantage de l’essaimage  est la formation d’une nouvelle colonie, jeune, ce qui permet de surmonter les maladies.

Que signifie pour vous le nom Bienenvater, «éleveur d’abeilles », (littéralement : « père d’abeilles »NdT) ?

Un éleveur d’abeilles est lié si étroitement à ses colonies qu’il sent ce dont elles ont besoin. Manifestement, les colonies ont également un lien avec leur éleveur. Car de nombreux récits, surtout d’autrefois, relatent qu’à la mort de leur « père-éleveur », les colonies mouraient aussi. C’est pourquoi l’on devrait annoncer aux colonies la mort de leur éleveur.

Quelles recommandations feriez-vous à ceux qui souhaitent devenir apiculteurs ?

Il est capital, en premier lieu, d’apprendre le travail de l’apiculteur, sous son aspect artisanal. Les associations d’apiculteurs proposent de bons cours élémentaires. Pour compléter, l’étude de la littérature spécialisée peut être une aide appréciable. Lorsqu’au bout de quelques années, on commence à appréhender ce qu’est l’apiculture, ce que sont les abeilles et leur lien si particulier avec le monde des fleurs, lorsque l’on sait reconnaître les besoins des abeilles et que l’on a éventuellement suivi des cours d’apiculture biologique, alors seulement on peut se risquer à effectuer quelques pas en direction de l’apiculture biologique.

Comment les personnes qui n’appartiennent pas au monde agricole peuvent-elles aider les abeilles ?

Du printemps à l’automne, les abeilles ont besoin de fleurs comme source de nourriture. Si, dans nos jardins et sur nos balcons, nous choisissons consciemment des arbustes et des fleurs pour qu’il y ait toujours quelque chose qui fleurisse d’avril à septembre, les abeilles trouveront de la nourriture, il n’y aura pas de trou de miellée. C’est comme cela que nous pouvons les aider.

Merci beaucoup pour cet entretien.

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Fritz Baumgartner, 84 ans, pionnier de la biodynamie, s’occupe depuis plus de 15 ans, en tant qu’apiculteur biologique, des ruches héritées de son père.